Alexandre Douguine


LA REVOLUTION CONCERVATRICE RUSSE

1 La Russie conservative-revolutionnaire.

Les auteurs qui etudiaient la Revolution Concervatrice allemanne ou la Revolution Concervatrice tout court (Armine Mohler, Alain de Benoist, Luc Pauwels, Robert Steuckers etc.) accentuaient toujours le role de la Russie dans le processus du deveneir de la pensee conservative-revolutionnaire et meme dans l’employe originaux de ce terme.-- Youry Samarine “Revolutsionnyi conservatism”. On ne peut pas douter aussi de “Ostorientirung” et de certaine russophilie quasi obligatoires de ce courant intellectuel des jeuns-conservateurs jusque nationaux-bolcheviques allemans en passant par les geo-politiciens de l’ecole de Haushofer. Dans ce sens les celebres idees radicales de Jean Thiriar sur “l’empire euro-sovetique de Vladivostok a Dublin” et fameux aforisme d’Alain de Benoist sur la preferance de la casquette de l’Arme Rouge par rapport au beret vert americain restent dans les cadres traditionnelles de la logique RC plus stricte.

Mais l’etude serieuse et suffisement documentee dans ce domain reste a faire pour apprecier toute la valeur intellectuelle et geo-politique de la pensee RC des auteurs russe eux-meme. Cette tache est extremment difficile a faut de l’absence des traduction des ecrits des representants de la pensee CR russe aux langues europeennes. D’autre cote, ce courant reste presque entierement ignore meme dans la Russie elle-meme, parce que les communistes de hier consideraient officiellement ce mouvement comme “petit-bourgeois” et “nationaliste” et les democrates d’aujourd’hui pensent qu’il s’agit des ‘chauvinistes”, des patriotes et des anti-semites, voir des “nazis”. Malgre tout, l’interet par rapport aux auteurs russes de la tendance RC en Russie devient de plus de plus grand, et on peut esperer que ses oeuvres et ses idees seront redecouverts et repenses par l’intelligentsia russe qui commence a se reveiller de longue sommeil ideologique. On peut deja remarquer que le processus intellectuel de la decouverte de l’heritage national au domain de la culture meme aujourd’hui porte en Russie plusieurs traits conservative-revolutionnaires quoique souvent ca se produit d’une maniere spontannee, inconsciente et naturelle. On peut meme oser de dire que la Russie elle meme, dans son essence, est naturellement conservative-revolutionnaire, ouvertaiment ou secretaiment selon les circonstances exterieures.

2 Les precurseurs du courant RC en Russie

a) Les macons russes

Si on regarde l’histoire de la pensee russe au cours des derniers siecles on constatera sans doutte que presque tous les ecrivains, les philosophes et les publisistes russes plus saillants ont certains traits conservative-revolutionnaires. A partir des macons russes du cercle de Novikov, Schwarz et Lopouchine on voit dans les mouvements intellectuels russes toujours la combinaison des motives conservatifs avec les motives revolutionnaires.

Les macons russes ou les rosicruciens russes, comme on les appelle plus souvent, voulaient dans la deuxieme moitie de XVIII-siecle contrebalancer les tendances purement laiques et essenciellement athees du Cour russe qui sont devenues un sort de l’ideologie obligatoire sous la tsarine Catherine, par les recherches traditionalistes, spirituelles et “conservatives” au sens mystique et theologique. Mais la reliogisite et le mysticisme des premiers macons russes avait pour la contrepartie certains accents places sur le cote de la Justice socielle et certain traits vagues du socialisme. Si on peut parler ici de certain “utopisme” qui unissaient les macons russes avec leurs “freres” europeens, ils etaient quand meme tres differents d’eux en tout ce qu’il s’agissait de la conscience des racines nationales, du sentiment vive de l’identite russe et imperiale. Leur utopisme etait enracine et identitariste. Ce n’est pas par hasard que les macons russes etaient surtout lies avec les loges-meres allemannes ou, par le contraste avec l’Anglettere et la France, regnait l’esprit nationaliste et imperial, abstraction faite des Illumines de Baviere dont l’appartenance a la Maconnerie reguliere etait d’ailleurs niee par les auteurs ainsi serieux et qualifies comme Rene Guenon. Quoiqui’il en soit, les ecrits de Lopuchine et de Novikov sont plein des allusions aux valeurs mystiques du peuple et de l’ame russe entendue comme la realite spirituelle et enigmatique. A l’instar de la maconnerie prussienne et protestante de la meme epoque, la maconnerie russe de XVIII siecle avait la tendence “pro-chevaliriste” et “pro-medievale” ce que la separait nettement de la maconnerie francaise rationaliste, enciclopediste et “moderniste”.

b) les slavophiles -- A.Chomyakov, P.Kirievsky, Aksakov etc.

Mais les precurseurs plus directs de RC russe etaient les slavophiles de XIX siecle. Ce courant qui a fortement enfluence toute la vie intellectuelle russe de deux dernieres siecles n’etait pas, comme on pense tres souvent, le mouvement uniquement conservatif, patriarcal, archaique et reactionnaire. Comme presque toujours dans l’histoire russe (et meme dans toute l’histoire de la pensee contre-revolutionnaire, j’ose dire) l’intellectuels plus radicaux de la Droite ont evolue jusque cette position ideologique en commencant par le pole oppose, celui de modernisme, de progressisme, de la revolution. Les premiers slavophiles (ceux de la premiere generation comme on dit) comme A.Chomyakov, P.Kirievsky, les freres Aksakov etc. ont passe tous par l’attrait des idees de la Revolution Francaise, mais apres avoir perdu les illusions de la jeunesse, ils sont fini par l’exaltation des valeurs radicalement anti-revolutionniares -- celles du sol, celles du peuple compris comme l’unite organique, qualitative, historique, celles de l’identite spirituelle et geo-politique de la Russie, celles de sa dentite religieuse et imperiale. Mais partout dans les ecrits des premiers slavophiles on trouve les traces de l’esprit “revolutionnaire” -- ils critiquent severemment la Monarchie russe a partir Pierre le Grand qu’ils accusaient d’etre le destructeur du synthese spirituel entre le peuple russe et l’etat russe. Pierre le Grand etait “le demon” pour les slavophiles et par cette raison leur attitude envers la Monarchie des Romanovs etait plutot ambigue. On doit aussi souligner le fait que les slavophiles etaient surveiiles par la police tsariste et plusieurs de ses textes etaient interdits par la censure, malgre sa “reaccionarite” evidente. C’etait des slavophiles (Y.Samarine) qui ont employe le terme RC.

c) “les zapadnikis” -- P.Tchaadaev

L’opposant plus radical des slavophiles -- P.Tchaadaev qu’on presente souvent comme le premier auteur de l’orientation “pro -occidental” (celle des “zapadnikis”) ce que voulait dire “progressiste”, “rationaliste” et “enciclopediste” -- lui aussi etait marque par l’esprit indubitable de la RC. On peut mentionner au moins ce fait qu’il etait le disciple direct de Josef de Maistre avec lequel il se trouvait dans les relations de l’amitie. Tchaadaev opposait aux slavophiles les idees “du conservatisme eclare” d’un style europeen. Il niait la mission mystique de la Russie comme l’utopie inconsistante et vide du sens, il se moquait de l’archaisme de l’Eglise Orhodoxe, il regardait l’histoire russe comme l’absurde et la barbarite, mais en meme temps il voulait restaurer la civilisation theocratique, catholique et anti-moderne dans l’esprit medieval. Donc il etait plutot le contre-revolutionnaire europeen que le contre-revolutionnaire russe. Ses ecrits (“Les lettres philosophiques”) contiennent beaucoup des considerations geopolitiques qu’on pourrait interpreter au sens “eurasiste”. Vers la fin de sa vie Tchaadaev est devenu presque russophile. Quand on regarde sa figure -- indeniablement douee de l’intellegence plus claire et plus perspicace de son epoque -- on ne trouve en elle rien du “moderne”, du “progressiste” ou de “rationaliste”. il etait plutot le romanticien isole et non-conformiste.

d) “les jeuns slavophiles” -- “les potchvennikis” et K.Leontyev,

N.Danilevsky

Les slavophiles de la deuxieme et surtout de la troisieme generation -- dont plus celebres sont les philosophes K.Leontiev et N.Danilevsky (veritable precurseur des conceptions de Oswald Spengler et de Toynbe), l’ecrivain Fedor Dostoevsky, les philosophes A.Grigoriev, N.Strachov etc.

-- peuvent etre regardes comme les revolutionnaires conservatifs typiques. Ils passent “obligatoirement” par les milieux socialistes et anarchistes pour redecouvrir a la suite des experiances traumatiques les verites profondes de la Religion Orthodoxe, de l’ame mystique du peuple russe, les mysteres du sol imperial, des lois qualitatives de la geo-politique eurasienne.

Les “potchvennikis” -- du mot russe “potchva”, “le sol”, Boden, -- defendaient l’idee de l’unite providentielle du peuple russe avec l’elite traditionnelle et religieuse. Ils volaient transformer la Russie en etat organique, religieux et basant sur l’idee de la Justice Divine qui pour eux etait la meme que la Justice Russe (“russkaya pravda”, “la verite russe”). Ils refusaient l’histoire de l’Occident -- surtout apres la Revolution Francaise -- comme l’histoire anti-organique, artificielle et presque satanique. Les “potchvennikis” rejetaient le capitalisme et insistaient sur la voie russe particuliere du developpement economique, industriel et sociel, qui devrait etre avant tout en accord interiuer organique et naturele avec la mission sacree et providentielle de la Russie et de son peuple mystique. Le representant des “pochvennikis” plus celebre reste sans doutte Fedor Dostoevsky (notons a propos que le traducteur des ses oevres en alleman etait Arthur Mueller van den Bruck).

L’autre auteur brillant qui a considerablement developpe les tendances conservative-revolutionnaires des salvophiles etait Konstantin Leontiev. Leontiev a cree sa doctrine celebre de l’identite asiatique, turco-slave du peuple russe qu’il regardait comme le phenomene unique du synthese racial, culturel et geo-politique. Leontiev soulignait la necessite de la lutte total contre l’esprit moderne et il considerait les peuples musulmans (et surtout turcs) comme les allies naturels et surs des russes orthodoxes dans leur combat contre l’Occident moderne et anti-traditionnel. Leontiev a developpe les theses geo-politiques qu’on retrouve deja chez les premiers slavophiles (A.Chomyakov, I.Kirievsky etc.) Certains idees de Leontiev sont etrangement proches aux conception de Rene Guenon. Leontiev etait l’ennemi absolu de tout le capitalisme et libre-echangisme. Quelques’unes de ses propositions on pourrait interpreter au sens du “socialisme chretien-orthodoxe, russe et eurasiste”. Il a cree un grand projet continental qui etait centre dans l’intensification des relations culturelles, economiques et geo-politiques entre la Russie et lea peuples orientaux, en rejettant en meme temps la voie capitaliste, occidentale et surtout anglo-saxonne. (La seule exeption etait pour lui l’Autriche et la Prussie lesquelles il considirait comme les pays traditionnels et “orientaux”.)

N.Danilevsky de son cote a propose la vision des multiples civilisations dont chaqu’une a son propre developpement cyclique. Il pensait dans les termes da la synchronicite des civilisations. Selon lui la civilisation russe etait le cas unique ou la balance a ete instauree entre les tendances opposees geo-politiques, culturelles, ethniques et religieuses. Par contraste avec K.Leontiev N.Danilevsky rejettait l’orientation orientale comme l’orientation occidentale. Il pensait que la civilisation russe devrait etre conservee en tant comme telle, isolee et repliee sur soi meme.

d) les anarchistes nationalistes -- M.Bakunine

Meme dans les mouvements gauchistes et revolutionnaires russes de XIX -- commencement de XX siecles on trouve bien facilement les formes comme on pourrait regarder comme ayant certains traits de RC. M.Bakunine lui-meme, en etant l’ideologue et le pratique de l’anarchisme revolutionnaire plus radical et athee, exprimait parfois les theses peu reconciliables avec l’esprit internationaliste et nettement cosmopolite de son mouvement. On connait son haine par rapport aux juifs. Son projet de l’union des tous les peuples slaves, ses idees de “socialisme slave et meme pan-slaviste” est possible a voir comme les formes prefigurantes certaines branches de la RC de XX-ieme siecle et plus exactement celles du national-bolchevisme alleman ou russe. La theorie de la M.Bakunine (rappellons nous qu’il etait l’ami personnel de Proudhomme) conaissait l’idee d’un nouveau type des revolutionnaire -- ascetique, spartiate et presque surhumain -- laquelle etait partagee et developpee ensuite par G.Sorel, E.Nikisch et J.Thiriar.

e) les “narodnikis” -- des A.Gerzen jusque V.Tchernova

Par les raisons encore plus evidentes au courant RC appartenaient les “narodnikis” (du mot russe “narod” -- “peuple”) et certains “socialistes-revolutionnaires” -- les mouvements politiques de l’extreme gauche socialiste et parfois terroriste.

Les “narodnikis” on peut les considerer comme la forme paroxystique de la pensee slavophile en combinaison avec la tendance a l’etablissement de la “Justice” socielle. Ils ont apparu dans la vie ideologique russe dans les annes 50-60 de XIX siecle. Les “narodnikis” rejettaient la doctrine marxiste et ses constructions theoriques. Ils pensaient que le socialisme doit etre concret, avec “le visage russe”, enracine et “traditionnaliste”. Leur idee principale etait la these que “le developpement sociel par la voie du capitalisme c’est le Mal Absolu” (N.Michailovsky, P.Lavrov, et surtout V.Voronzov et N.Danielson). Ils critiquaient la Monarchie comme la masque du capitalisme oriente contre le peuple et ses besoins spirituels, economiques et religieux. Parmi eux pluparts etaient les chretiens orthodoxes. Ils exaltaient “les valeurs du sol”. Leurs organisations plus celebres etaient “La Tierre et le Vouloir” et “Le Vouloir du Peuple”. Des peres du mouvement des “narodnikis” -- A.Gerzen et N.Tchernychevsky -- jusque la derniere generation -- V.Tchernova et L.Chichko -- on constate chez eux le motive permanent de la necessite du developpement sociel, economique et industriel en la conformite stricte avec la particularite nationale du peuple et avec ses traditions. Les “narodnikis” etaient attires par le terrorisme individualiste et l’ideal d’un type de “revolutionnaire absolu”, un “surhomme a la service du peuple”. Certain entre eux sont “alles au peuple” et professaient la conception “des petits acts” et de “la resistance pacifique”. La tendance des “narodnikis” etait partagee par l’ecrivain russe celebre Lev Tolstoy.

f) les socialistes-revolutionnaires

Les socialistes-revolutionnaires (surtout ceux dits “de la droite”) etaient les extremistes et terroristes anti-bourgeois et anti-monarchistes qui par le contraste avec les bolcheviques placaient l’accent sur le role des paysans dans le movement revolutionnaire et non pas sur celui des proletariens. Ils suivaient le cours des “narodnikis” -- plus archaiques et plus patriarchaux qu’eux-memes -- mais sans leur chretiennite et leur abdication de lutte politique directe.

g) les bolcheviques anti-semites et les visionnaires patrioto-bolcheviques -- S.Esenine, Klyuev etc.

Meme parmi les bolcheviques eux-memes on peut indiquer certains traits conservative-revolutionnaires -- au moins parmi les representants ordinaires du mouvement communiste qui agissaient parfois comme les reactionnaires des “sotnia noire” -- les pogrommes anti-semites des bolcheviques etait la chose tres repandue pendant les annes 1904-1905 (la premiere revolution russe) et dans les annes 1917 -- 1920. La quantite des crimes commises contre les juifs surtout en Oukraine chez les soldats de l’Arme Rouge etait presque egale aux “pogroms” effectues par les “blancs” et les bandes anarchistes. Parmi les bolcheviques on retrouve les ecrivains, les poets et les pholosophes avec la tendance nettement conservative-revolutionnaire -- les romans de A.Platonov, la poesie de Serge Esenin et de Kliuev (les mystiques nationalistes et patriotes), les ecrits de V.Chlebnikov (voyant et poet eurasiste, mystique nationaliste, identitariste et futuriste) etc.

Cet examen court nous montre bien clairement qu’on peut decouvrir les aspects caracteristiques de la RC dans la plupart des tendances intellectuelles et politiques de la Russie de la deuxieme moitie de XVIII -- commencement de XX siecle. Il va de soi que l’etude approfondie de chacun de ces mouvements et des auteurs plus caracteristiques reste a faire pour preciser encore l’histoire paradoxale et passionante de la formation et de la genese de la pensee conservative-revolutionnaire russe.

3 Le Revolution Conservatrice du baron Ungern-Sternberg

La figure extraordinaire “du baron fou” Roman Fedorovitch Ungern-Sternberg rentre bien dans les cadres de la RC russe. Il etait l’eurasiste radical et pratique. Ses convictions politiques il les a realise par sa lutte heroique et desesperee. Ungern-Sternberg etait hais non seulement par ses ennemies bolcheviques avec lesquels il combattait dans les tierres de la Sibirie et de la Mongolie. Les blancs eux-memes (par exemple general Koltchak) rejettaient le baron pour son extremisme et sa negation absolue des valeurs humanistes. Ungern qui etait pendant certain temps le dictateur de la Mongolie meprisait l ‘Occident comme la civilasation decadente qui a perdue les valeurs de l’honnuer, du heroisme, les valeurs masculines et solaires. Il a voulu creer une nouvelle chevalerie a partir des peuples asiatiques plus traditionneles et plus spirituels que les europeens et grace a cette chevalerie il voulait organiser la Crousade de l’Orient traditionnel contre l’Occident humaniste. Pour Ungern -Sternberg le bolchevisme etait la forme extreme de la degeneration de la civilisation qui a ouvert toute la fraude qui se cachait derriere les theses enciclopedistes, humanistes et capitalistes. Il esperait que les peuples asiatiques se mobiliseront devant la menace rouge et organiseront l’opposition planetaire. On ne peut pas comprendre la logique de la vie et de la combat de ce “dernier chevalier de l’Eurasie” sinon dans l’optique de l’ideologie de la Troisieme Voie ou de la Revolution Conservatrice. Son cas etait la forme individuelle et paroxystique de la realisation personnelle et heroique du projet conservative-revolutionnaire. Il est tres caracteristique que la figure de baron Ungern-Sternberg a attire l’attention de Julius Evola et aussi de Rene Guenon.

4 “Smena Vech” et les Eurasistes

a) les ideologies de l’immigration blanche

La RC russe proprement dite, dans le sens plus strict de ce terme, a vu le jour apres la revolution d’Octobre dans les milieux de l’emmigration russe -- evidemment blanche. Les tendances conservative-revolutionnaires en Russie bolcheviste n’avaient pas la possibilite de s’exprmer dans le langage direct dans la situation de la dictature ideologoque marxiste et internationaliste. Cettes tendances existaient de facto et elles etaient meme assez fortes, mais la reflection tranquile et la formulation des principes de la RC russe etait le privilige des immigres et anciens ennemis des rouges.

On doit rappeler que la premiere immigration russe etait originalement composee de deux familles politiques des blancs assez differantes. Il s’agissait des monarchistes convaincus, nostalgiques et archaiques (qui representaient d’ailleurs une minorite politique) et des liberaux-democrates de tous poils avec certain nationalisme vague et l’haine envers des communistes en tant que ses rivaux politiques qui ont gagne la batail politique pour pouvoir. Parmi les derniers se trouvaient les represantants de la social-democratie non-bolchevique ou au moins non leniniste. Ceux deux poles on peut les definir comme la Droite et la Gauche classiques et ordinaires. Tous deux refusait de reconnaitre la revolution d’octobre comme quelque chose de durable et d’important, en pensant qu’il s’agissait de la revolte populaire et de la crise passagere. Leur analise des racines ideologoques du bolchevisme etait superficiel et insuffisant. C’est dans la polemique avec ceux deux champs politico-ideologiques que la RC russe a commence a se former et definir ses positions ideologiques. Ca a donne la naissance a la Troisieme Voie russe, cristallisee dans deux branches ideologiques importantes les “smeno-vechovtsys” et les “eurasistes”.

b) 3"Vechi” et “Smena Vech”

Pour comprendre le concept ideologique de “Smena vech” (“le changement des orientations”) -- c’etait le nom du recueil des articles paru en juillet de 1921 a Prague et qualifie comme le manifeste des “nationaux-bolcheviques” russes -- il faut rappeller brievement l’histoire ideologique russe des premieres decennies de XX-ieme siecle.

A l’aube de ce siecle on pensait que pour etre le philosophe “progressif” et de mode il fut necessaire d’etre marxiste, intenationaliste, gauchiste et “zapadnik” (“pro-occidenatal”). Mais la situation a change apres l’echec de la premier revolution russe (1905) avec l’apparition en 1909 du recueil des articles du groupe des intellectuels de mode -- evidemment marxistes, gauchistes et “zapadniks” -- qui a nie sa “maladie de la jeunesse” et qui a affirme son nouveau cours -- nationaliste, patriarchal, traditionaliste, religieux et slavophil. Le recuil avait pour nom “Les orientations” -- “Vechi” en russe. (Parmi les auteurs plus celebres etaient N.Berdyaev, S. Boulgakov, P.Strouve, S.Frank etc.) C’etait le moment quand les intellectuels de la droite, idealistes et nationalistes sont entre en mode. Mais cette tendance de “Vechi” on ne peut pas la qualifier comme la RC, malgre le fait que il en a avait indubitablement certains traits assez proches. “Vechi” etait “les orientations” des intellectuels de la droite et non pas de la Troisieme Voie proprement dite. Dans ce contexte le nom “Smena Vech” -- (“Le Changement des Orientations” literallement) chez les nationaux -bolchevique blancs signifiait la rupture avec la pensee conservative, utopique et idealiste qui operait avec les categories trop vagues et trop abstraites (“l’universalite absolu du Bien absolu”, “imperative moral de la creation de l’etat theocratique” etc.) et la transgression aux categories geo-politiques, geo-economiques, ethniques et sociales.

Les nationaux-bolcheviques de “Smena Vech”, dont le chef etait le proffesseur N.V.Oustryalov, ont accuse les droits et les liberaux-democrates d’etre “les reveurs”, “les utopistes” et “les traitres du peuple russe et de l’histoire russe”. (Cf. N. Oustryalov “Patriotica” dans “Smena Vech” etc.) Ils voyaint dans le bolchevisme le soulevement des energies russes, populaires, traditionneles qui ont revolte contre les tendances capitalistes contre-naturelles et la Monarchie faible et inconsistante resolument incapable de preserver son peuple de la menace capitaliste qui detruisait son ame collective et imperiale. Contre les liberaux de l’immegration les nationaux-bolcheviques defendaient le totalitarisme socialiste et imperial qui etait selon eux plus naturel pour les russes que le liberalisme economique, inegalite materielle et l’individualisme qui en decoule. Contre les droits et surtout contre les anti-semites ils affirmaient la these (Y.Kluchnikov, S.Loukianov etc.) que la revolution d’octobre etait russe malgre la participation gigantesque des juifs et des representants des autres nations (les lettoniens, les tcheques etc.) En rejettant marxisme comme l’ideologie utopique et abstrait, les auteurs de “Smena Vech” reconaissait le caractere russe racial, geo-politique et imperial de jeun etat sovetique dans lequel ils voyaient la continuation legitime de l’etat russe organique et naturel. Les nationaux-bolcheviques exaltaient aussi le type humain du revolutionnaire, voue a sa cause sans hesitation et avec la devotion absolu, qui contrastait tant avec la lutte indecisive, timide et incertaine de l’Arme Blanc qui ne possedait aucune idee-force, aucune ideologie coherante, aucune doctrine patriotique serieuse socielle, economique et ethique. Les auteurs de “Smena Vech” ont influence beacoup l’immigration et certains cercles en Russie sovetique elle-meme. Les dirigeants communistes ont tres bien acceuilli ce mouvement ideologique et professeur Oustryalov a retourne a Moscou en 1926. Staline critiquait un peu “le chovinisme excessive” des nationaux-bolcheviques et seulement russophobe radical Boucharine les qualifiait de “cesaristes sous la masque revolutionnaire”.

Il n’est pas possible de ne pas poser ici la question: les nationaux-bolcheviques allemans -- Otto Winnig, Arthur Mueller van den Bruck et surtout Ernst Nikisch -- ont-ils connu les idees de “Smena Vech”? Cette question est extremment importante parce que les theses des nationaux-bolcheviques allemans paraissent presqe identiques sous tous les rapports aux theses de “Smena Vech” et des nationaux-bolcheviques russes. On doit aussi se rendre compte que les nationaux-bolcheviques russes ont passe par l’experiance traumatique de la guerre civile contre les bolcheviques et leur “changement des orientations” etait la choix lourde et difficile. Peut etre, en se basant sur l’expirience des “smeno-vechovtsys” de Prague les nationaux-bolcheviques allemans ont tire cette certitude inebranlable du caractere russe de la revolution d’octobre et de l’etat sovetique. Mais ca reste une hypothese que je ne puis pas ni prouver, ni rejeter sans l’information suffisante et la documentation hystorique.

c) les eurasistes

Parmi toutes les formes de la RC russe l’ecole des eurasistes reste la plus conservative-revolurionnaire jusque tel point qu’on pourrait identifier la RC russe avec le mouvement eurasiste. Comme dans le cas de l’Allemagne, ou les jeuns conservateurs, les nationaux revolutionnaires et nationaux-bolcheviques des annes 20-30 de XX siecle ont donne le paradigme plus complet et plus acheve de l’ideologie de la RC en general, a partir de laquelle on pourrait dorenavant definir les precedants retrospectives ou les ideologies plus ou moins proches, on peut dire le meme des eurasistes russes qui etaient les exponents plus purs de la RC russe comme au sens historique comme au sens ideologique. Il est possible, a mon avis, de considerer les termes “la RC” et “la dotrine eurasienne” comme les conceptions synonimiques (au moins il est ainsi dans le contexte russe).

Le cas des eurasistes est un peu plus connu que celui des “smeno-vechovtsy”. Ici on peut fixer le lien indubitable entre ses idees et le milieu conservative-revolutionnaire surtout dans ce qu’il s’agit de l’ecole geo-politique de Karl Haushofer. (Une des revues des eurasistes “La chronique Eurasienne” etait editee a Berlin). L’analyse de la pensee des eurasistes nous retrouvons dans les numeros premieres de la revue celebre de Haushofer “Zeitschrift fur Geopolitik”. Hors de cela plusiers eurasistes colloborraient avec les conservative-revolutionnaires allemans et certains sont meme entre dans SS sous le regime national-socialiste. L’influence reciproque et profonde entre les eurasistes russes et les representants de la RC allemanne est donc hors de doutte.

Le mouvement eurasiste a commence dans le meme anne que le mouvement des “smeno-vechovtsys” -- 1921. Dans cette annee le groupe des emmigres blancs a publie a Sophie le recueil des articles “Exodus vers Orient” avec le subtitre “Le Manifeste des Eurasistes”. C’etait le point de depart pour le developpement de toute l’ideologie de la Troisieme Voie russe d’une maniere bien fondee, profonde et achevee. Il est bien caracteristique que les emmigres liberaux les ont baptise “les fachistes”, ceux moharchistes et de droite -- “les communistes”, mais son epitet plus courant etait “les slavophiles futuristes”. Apres “Exodus a l’Orient” ont paru lea revues “Evrasiysky vremennik” et “Evraziyskaya chronika”, editee a Berlin, Paris et Prague.

L’essence de la conception des eurasistes dans les traits generaux etait suivante:

1) Suivant la these de Mackkinder ils pensaient que le developpement economique et culturel de la nation est defini par les limites geo-politique et par la qualite de l’espace controle. Ils parlaient dans les termes de “grand espace”. Mais ils ont insistaient sur la necessite de l’autorcie geo-economique de continent eurasien par rapport aux puissances maritimes. Donc pour les eurasistes tout le probleme economique, culturel, militaire, strategique et meme psycologique devait etre consedere uniquement et avant tout dans la perspective continentale. Ils ont propose la these radicalement differant a celui du comte Coudenov-Calergy qui voulait unifier l’Europe contre l’Asie. L’idee des eurasistes etait d’unifier le continent eurasiatique contre l’Occident, contre les puissances thalassocratiques et porteurs de la culture materialiste, liberale et non-organique.

2) La question de la Revolution d’Octobre, de ses racines et de son sens etait pour les eurasistes d’une importance foundamentale. Ils n’ont pas accepte la revolution avec l’exeption de certains cas personnels et malgre l’accord ideologique conclu avec les nationaux-bolcheviques de “Smena Vech”. Mais ils ont vu la racine principale de la tragedie russe, “de la chute Russe de l’Europe” (selon l’expression du chef de cette ecole le compt N.Troubetskoy) dans la structure non-organique de la Russie “europeesee et capitalisee” apres les reformes de Pierre le Grande. Ils ont mis en question la qualite des valeurs religieuses, etatiques, nationales, economiques et socielles de la Russie de 3 derniers siecles, en accusant la dinastie des Romanovs d’avoir trahi les espoires mystiques et socielles du peuple russe (eurasiatique) et surtout sa civilisation unique, extremment riche au nivau spirituel et destinee a conserver son identite devant l’Occident materialiste, athee, artificiel et capitaliste. Cette attitude a provoque l’apreciation ambivalente de la Revolution de l’Octobre: d’un cote les eurasistes voyaient dans elle le revolte anti-capitaliste de l’ame russe, venu des profondeurs de la civilisation eurasiatique, d’autre cote ils reconaissaient le fait que l’utopisme marxiste et communiste etait la fraude ideologique qui a propose au peuple, repoussant d’une maniere instinctive le modele capitaliste et occidentale du developpement, l’autre modele aussi occidentale et aussi anti-nationale et anti-traditionnelle. Les eurasistes ont vu bien clairement les aspects “nationalistes” et “identitaristes” de la Revolution d’Octobre, mais ils n’ont pas ete d’accord d’accepter le communisme par les raisons patriotiques. Quand meme la Droite blanche les accusaient d’etre communistes, sutout par la raison que les eurasistes refusaient toujours voir dans les juifs “les boucs emissaires” de la Revolution et regarder la Monarchie prerevolutionnaire comme le modele ideal et irreprochable. Le slogan des eurasistes etait “ni blancs, ni rouges” (I.Stepanov).

3) La doctrine des eurasistes soulignait l’importance de l’economie ou plutot de la geo-economie. C’etait l’unique mouvement alternatif (par rapport au communisme) qui s’occupait bien serieusement des questions economiques et qui proposait le modele de l’autorcie continentale (“l’autorcie des grandes espaces”) non-capitaliste et non-marxiste. Les eurasistes ont elabore le modele de l’expotation des resources naturelles de la Russie qui pourrait etre suffisant pour soutenir l’economie tellurocratique a l’echelle continentale.

4) Dans les matieres religieuses les eurasistes etiaent les partisants de le “revolution conservatrice” au sein de l’Eglisa Orthodoxe qu’ils voulaient purifier de l’humanisme et moralisme decadents occidentaux et de l’archaisme et des superstititions du bas peuple. Ils rejettaient les speculations abstraits et fantasistes des intellectuels “academiques” comme S.Soloviev, S.Boulgakov, P.Florensky et en revenche proposaient le retour a la theologie byzantenne stricte mais interiorisee et par cela creative. Ce n’est pas par hasard que le theologien chretien orthodoxe russe plus profond et plus brillant des siecles derniers -- Pere George Florovsky -- participait dans le mouvement eurasiste et meme etait un de ses inspirateurs (avec le comte Troubetskoy). Notons a propos que cet auteur exellent, presque unique represantant fiable du traditionalisme orthodoxe russe, reste ignore en Occident, ce que est l’injustice impardonnable et inexplicable.

5) La question ethnique etait resolue par les eurasistes d’une maniere tres interessante. Ils ont mis en question la verite jusque ici hors des soupcons dans le champs des slavophiles concernant la nocivite de l’invasion des tartars et de la domination des mongols sur la Russie. Les eurasistes ont reconnu la mission tellurocratique de l’expantion geo-politique des peuples turcs et mongols. Le Tchingis-han etait pour eux “le premier des eurasistes” et les turcs etaient consideres comme l’ethnie, ou plutot la race eurasiatique jeun et plein des puissances creatives et imperiales. Mais c’etait en combinaison avec le genie slave (donc indo-europeen, aryen) que la race turc a reussi d’etablir la balance eurasiatique. Les russes, pour les eurasistes, representaient la race particuliere slavo-turque doue de deux qualites principales -- l’energie de l’expansion sur les grand espaces propre aux turcs (“horizontal”) et l’energie de la concentration, metaphysique et “verticale”, propre aux slaves. Ce synthese racial etait pour les eurasistes la cle de l’histoire culturelle de la Russie. La race de l’Europe etait vue par eux comme la race vielle, impotente et ayant la conscience geo-politique de la population des “rimlands”, donc incapable des supra-efforts necessaires pour organiser l’Empire, “la grande espace autonome”.

6) Au niveau politique les eurasistes proposaient le systeme de l’etat centralise poli-ethnique d’un type imperial. Certains d’eux etaient pour la Monarchie re-sacralisee et revenue aux ses sources mystiques, les autres (G.Vernadsky, N.Alexeev etc.) partageaient la these de “socialisme eurasaitique”. Le Comte N.Troubetskoy a elabore la theorie de “l’ideocratie” donc du pouvoir politique concentre entre les mains de l’elite traditionnelle, intellectuelle et religieuse, placee en chef du “parti eurasiste”, un sort de l’Ordre.

Le mouvement eurasiste etait en vigueur des 1921 jusque les annes 30 quand l’impossibilite d’influencer la vie politique de l’emmigration russe, et par les raisons encore plus fortes celle de la Russie Sovetique, a fait naitre parmi les eurasistes le sentiment du desespoir. Certains sont alle jusque collaborer avec K.G.B. par la nostalgie et la haine envers les pays democrates ou ils etaient obliges de vivre (P.Savizky). Les autres -- comme pere G.Florovsky et le comte N. Troubetskoy lui -meme -- s’enfermaient dans les recherches religieuses et historiques. Les autres encore ont joint le mouvement national-socialiste alleman avec certains aristocrates russes de l’extreme-droite -- comme general Biskupsky, Avalov-Bermont, Talberg, von der Golz, Skoropadsky, Schwarz-Bostunich et les autres representants de la Loge ultra -monarchiste et aristocratique “Balticum” (nomme plus tard “Consul”).

Les eurasistes ont elabore la base de la dotrine de la RC russe, mais ils ont passe a l’oublie parce que leur patrie a ete dans les tenailles ideologiques de l’utopisme marxiste et les intellectuels d’Europe n’ont montre aucun interet pour la pensee des emmigres de la Russie lointaine et barabare comme pour tous ses espoires messianiques et eschatologiques et toutes ses reves de la revanche asiatique.

Qoiqu’il en soit, le mouvement eurasiste, ses previsons et ses doctrines sont a decouvrir et ils obtiennent du nouveau leur actualite quand on commence a chercher partout dans le monde la Nouvelle Voie de developpement planetaire geo-politique et culturel.

5 La mission eurasiste et la Russie Sovetique --Staline et

Brejnev

La idee eurasiste, intellecteullement et politiquement marginale, fut neanmoins partiellement realisee sous le regime communiste et surtout a partir de l’epoque du stalinisme. Les eurasistes eux-meme, surtout George Vernadsky (l’auteur de celebre “Histoire de la Russie” traduite en langues eurupeennes), ont vu dans l’imperialisme stalinien une forme du developpement naturel de l’etat russe, accompagne par l’industrialisation, centralisation et l’expansion necessaires pour l’entree de la Russie dans la nouvelle phase du devenir geo-politique et geo-economique. Des la deuxieme moitie des annes 30 et surtout apres 1937 le regime stalinien a obtenu beaucoup des aspects nationaux, patriotiques et imperialistes qui manquait dans le periode post-revolutionnaire. Staline a annihile tous les representants de l’orthodoxie marxiste-leniniste, internationaliste et utopiste (pour la plupart les juifs). L’anarchisme et amoralisme revolutionnaires ont ete resolument echanges contre la primaute de l’Ordre et de morale creative et ascetique. Ce n’est pas par hasard que meme le chef des “fascistes russes” de Harbine, Rodzaevsky, a fini par reconnaitre la mission “fasciste” (de facto) de Staline, en tant comme le Volksfuhrer russe.

L’autre pas au sens conservativ-revolutionnaire a ete fait, selon certains historiciens russes (comme A.Dikiy etc.), juste apres la fin de la deuxieme guerre mondiale. On parle meme parfois “de la revolution invisible de marechal Joukov”). Les militaires russes ont recu certains energies geo-politiques et ideologiques de ses ennemis et la guerre, elle aussi, a reveille les forces interieures de nationalisme et la conscience plus claire des interets continentaux. L’esthetique meme des annees 40 dans l’URSS -- nationaliste, russophile, parfois meme choviniste et xenophobe -- est beaucoup plus proche au style de Troisieme Reich que aux formes avangardistes, internationalistes et “proletaires” des 20 annes. Pendant l’epoque du stalinisme c’etait plutot le motive etatiste, imperialiste, nationaliste et anti-bourgeois qui etait dominant et non pas la scholastique abstraite des marxistes purs. Mais le nationalisme sovetique de Staline n’etait pas russe au sens ethnique, il etait plutot “imperial”, eurasiatique, continental, ce que faisait de lui le modele assez proche a celui que les eurasistes eux-memes proposaient. Vers la fin des annes 40 Staline a arrete la propagande agressive anti-chretienne et il a manifeste aux peres de l’Eglise Orthodoxe Russe si non la sympatie ouverte, au moins la tolerance et la comprehension. L’organisation des “atheistes militantes” (sous le patronnage d’un juif nefaste Emelyan Yaroslavsky, alias Goubelman) a ete dissous et son chef fut envoye a Goulag. Les tendances conservative-revolutionnaires sont arretees avec la mort de Staline au temps quand son imperialisme, eurasisme et anti-semitisme arrivait a son extreme. (Il etait en train d’envoyer tous les juifs dans la Republique Autonome Juive de Birabidjan dans l’extreme-orient de la Sibirie pour realiser l’aparteide par rapports aux juifs plus radicale que Hitler a voulu faire.) On ne peut pas non pas reconnaitre que les tandances indiquees plus haut sont tres peu compatibles comme avec la theorie marxiste dans son etat virginale et aussi bien avec le pathos revolutionnaire de 1917 et celui des annes 20.

Chrouchtchev a ebranle la construction gigantesque de Staline par la denoncation de “la culte de la personalite” que jetait la sombre de la doutte sur toute son oeuvre historique. Sous Chrouchtchov les tendances de la retour “au marxisme perverti par stalinisme” ont commence dans les milieux de l’intelligentsia sovetique. Chrouchtchov a renouvele les attaques contre l’Eglise, a reanime l’esprit internationaliste. Les tandances eurasistes dans son epoques etaient les moindres pour toute l’hisoire sovetique. Il est beaucoup plus interesse par la geo-politique “oceanique” -- Cuba, l’Amerique Latine, l’Afrique etaient au centre de l’attention de l’etat chrouchtchevien. C’etait pendant le regne de Chrouchtchov quand le premier nouyau (nucleus) de la dissidence pro-occidentaliste et presque entierement “atlantiste” fut forme.

Brejnev est retourne au modele stalinien (donc virtuellement eurasiste), mais dans sous sa forme senile, retualisee et enthropique. La participation de l’URSS brejnevienne dans les conflicts eurasiatiques (Vietnam, le Proche Orient etc.) et surtout la guerre continentale en Afganistan etaient les signes parlants de le conscience geo-politique. Le marxisme de l’epoque brejnevienne etait completement “ritualiste”, “nominale” et extremment superficiel. On a pu bien clairement distinguer derriere le brejnevisme l’inertie ideologique et geo-politique du “stalinisme eurasiatique”.

Les elements qu’on pourrait qualifier a la rigueur comme “eurasistes” et donc dans un certain sens “conservativ-revolutionnaires” existaient toujours dans l’histoire sovetique des la revolution d’Octobre jusque Perestroika, mais le temps de Staline est plus caracteristique et plus riche de ses signes evidents que tous les autres periodes. Il faut quand meme toujours se rendre compte qu’il s’agissait des phenomenes factiques qui n’ont trouve aucunes cristallisations intellectuelles, ideologiques ou philosophiques. Les grandes revolutions geo-politiques et meme ideologiques qui se produisaient derriere des coulisses de Kremlin se manifestaient a l’exterieur par les nuances infinitisimaux des accents places sur tel ou tel evenement historique ou tel ou tel hypothese scientifique. La “kremlinologie” etait la veritable science conspirologique basee sur les details et les symptomes presque invisibles. Par cette raison on peut reconstituer l’histoire du developpement des tendances “conservative-revolutionnaires” dans l’URSS seulement par l’etude complex et difficile de la vie ideologique secrete des chefs de derniere Empire Eurasiatique que etait jusque les transoformations recentes l’URSS. Donc on peut parler ici seulement des tendances “conservative-revolutionnaires” factiques sans aucune formulation theorique. Mais quoiqu’il en soit, cettes tendances etaient tres reelles et tres importantes, parce que il s’agissait de l’ideologie (parallele) des groupes des dirigeants sovetiques dont le pouvoir politique etait a l’interieur du pays presque absolu et a l’exterieur extremment grand.

On peut ajouter que les doctrines strategiques militaires de l’URSS etaient toujours eurasistes par son caractere, parce que l’ennemi principal ideologique des Sovets etait les Etats Unis donc le pouvoir thalassocratique et oceanique par exellence. Le pact de Varsovie lui meme avait les traits nettement continentaux et eurasistes par contraste avec OTAN, centre sur les puissances maritimes -- E.E.U.U et l92'Angleterre. Plus que cela, c’etaient les pays anglo-saxons qui sont les exemples du capitalisme plus pur et plus fort et c’etait precisement contre le capitalisme que etaient orientees toutes les formes de la Revolution Conservatrice et la RC russe n’en fait pas l’exeption.

6 le mouvement neo-eurasiste -- les ecrivains “neo-potchvennikis”, L.Goumelev.

Vers les annees 70 dans l’URSS certains aspects de la RC se sont manifestes d’une maniere plus ouverte quoique toujours voilee. C’etait l’epoque de la formation de la nouvelle generation des ecrivains sovetiques qui gravitait autour de M. Cholohov, l’auteur du roman celebre “Le Don Tranquil”. Ces ecrivains -- dont les plus connus sont V.Raspoutine, V.Belov, V.Astafiev etc. -- defendaient les theses nationalistes, ecologiques et slavophiles. Ils chantaient la paysannerie russe, ses coutumes, ses croyances. Leurs ecrits avaient aussi le caractere ecologiste evident. Leur ideologie peut etre approximativement qualifiee comme national-bolchevisme ou national-leninisme, mais il faut voir dans cela plutot le trait de leur conformisme que la declaration de leurs convictions ideologiques reflechies. (Aujourd’hui, quand on peut s’exprimer plus librement, la plupart d’eux sont devenu les momarchistes, les chretiens orthodoxes et les droits conventionnels -- ce que temoigne que leur national-bolchevisme etait la masque conformiste et rien de plus). Les cas quand les ecrivains “neo-potchvennikis” etaient bien conscients de sa parente ideologique avec les eurasistes ou “smeno-vechovtsy” etaient assez rares, mais leurs idees etaient neanmoins tres semblables.

Les “neo-potchvennikis” des 70-80 ont cree le milieu intellectuel patriotique, nationaliste et objectivement eurasiste, qui s’est manifeste pleinement dans certain renaissance nationaliste a l’epoque de perestroika comme la tendance alternative aux cours occidentaliste, “atlantiste” et nettement capitaliste de lobby democratique -- Gorbatchev, Yakovlev, Yeltsine, Chevarnadze etc. Mais ici on doit constater une detaille ideologique extremment importante: les conceptions des ecrivains “neo-potchvennikis” a l’epoque de Brejnev etaient formellement beaucoup plus proches a l’esprit et a la terminologie de la RC que les theses des memes personnes et de ses disciples lesquelles ils proposent aujourd’hui. Sous Brejnev les “neo-potchvennikis” etaient obliges par les raisons du conformisme a ajouter les themes du socialisme, du anti-capitalisme, du leninisme etc. a ses idees nationalistes et identitaristes (parfois ouvertement anti-juives). Donc leurs theses avaient le caracter “terceriste” malgre eux-memes. Quand cette necessite a disparue, les “neo-potchvennikis” ont laisse le cote “socialiste” et “anti-capitaliste” des ses doctrines et se sont convertis en representants traditionnels de la Droite ordinaire, archaique, monarchiste, judophobe et nostalgique. Donc le pathos de la RC et de l’eurasisme est devenu trouble chez eux.

Comme le seul eurasiste consequant et conscient parmi les auteurs sovetiques des annes 70-80, on doit nommer l’historicien Lev Goumelev, le fils d’un poet aristocratique N.Goumelev, fusille par les rouges et d’une poetesse celebre Anna Achmatova. L.Goumelev a ecrit quelques oeuvrages historiques brillants sur l’histoire des peuples eurasiatiques -- turcs, mongols, hunnes etc. Son oeuvre capital -- “L’etnogenese et la biosphere” etait place a l’epoque de Brejnev dans le secteur ferme de la Bibliotheque des sciences socielles de Moscou perce que il fut juge “ideologiquement dangereux”. Dans ce livre l’auteur a developpe la doctrine organique de l’ethnogenese et il a formule la conceptions de “l’inegalite dynamique des ethnies”, en degagent les lois cycliques qui gouvernent l’existance hystorique et biologique de chaque ethnie. L.Goumelev defendait la these que les peuples eurasiatiques -- surtout les russes et les turcs -- sont les peuples jeuns dont le cycle vient de passer son acme. Par cela, Goumelev affirme que la civilisation plus normale et plus saine aujourd’hui ca serait la civilisation eurasiatique d’un type imperiale. Goumelev a cree le terme special pour designer le facteur plus important et plus organique du developpement de l’ethnie -- “la passionarite” entendu comme la concentration de l’energie creative, biologique et psycologique a la fois, qui pourrait characteriser les peuples entiers aussi bien comme les individus separes. “La passionarite”, au nivau humain, est selon L.Goumelev “la capacite de trancender l’instinct de la survivance”, “le depassement de l’entropie biologique”, “elan creative” (surtout imperial). Les these de L.Goumelev ont beaucoup de commun avec les conceptions de Lorenz, de H.Gunter, de Gabineau, des geo-politiciens de l’ecole de Haushofer et surtout avec les idees de la Nouvelle Droite francaise. Son attitude envers l’histoire est essentiellement payenne. Sa conception des “ethnies-chymeres” -- c’est-a-dire, des tres anciens ethnies degenerees qui ont completement perdu leur “passionarite” -- est universellement connue en Russie. Certains ante-semites ont elabore a partir de cette conception des “ethnie-chymeres” toute la teorie judophobe, mais c’est plutot l’abberation et la limitation excessive de sa pensee. Goumelev, etant toujours l’auteur non-conformiste, etait peu touche par perestroika et ses these eurasistes, biologo-realistes et conservative-revolutionnaires sous beacoup des aspects, restent toujours les memes. Malgre son age tres avance il continue ses travaux jusque maintenant.

Finalement, certains communistes de hier de strict observance qui n’ont pas echange ses opinions ideologiques -- par contraste avec la majorite de ex-communiste devenus democrates, “atlantistes” et “pro-capitalistes” par le neo-conformisme -- contre l’adoration du marche libre et la glorification du modele americain et qui forment aujourd’hui un sort de l’opposition de la droite (etatiste et nationaliste), ont commence avec perestroika a reviser les fondements de leur doctrine communiste formelle et plusieurs d’eux ont decouvert la pensee conservative-revolutionnaire -- celle des eurasistes et de “smeno-vechovtsys” -- en reconnaissant la le reel continu ideologique de leur patriotisme sovetique et leur nationalisme anti-capitaliste. Ceux-la representent la crisatllisation intellectuelle des tendances de la RC qui existaient toujours sous le sovetisme dans etat virtuel, latent et semi-conscient. Par la logique etrange cette prise de conscience est accompagne par la desapparition de la politique interieure et exterieure sovetique des derniers restes anti-capitalistes et anti-atlantistes, donc eurasistes et typologiquement conservative-revolutionnaires.

7 La conclusion

La pensee conservative-revolutionnaire est redecouverte aujourd’hui dans Allemagne, ou elle devient extremment actuelle grace aux changements grandioses qui se realisent dans ce pays qui est d’ailleurs naturellement conservative-revolutionnaire comme l’est la Russie. La France, la Belgique, l’Italie, l’Espagne, l’Europe tout court, retrouve grace aux efforts immenses des intellectuels de la Nouvelle Droite cette part inappreciable de son heritage ideologique de la grande valeur. Plus que cela, les idees de la RC sont aujourd’hui la seule alternative au cauchmare capitaliste et a l’expansion “atlantiste” americaine. Le slagan “ni communisme, ni capitalisme” perd son sens avec la desapparition de communisme (existait-il vraiment?). C’est la RC dans toutes ses formes qui reste la seule possibilite operative et realiste a affirmer contre l’invasion de l’autre continent -- physique et ideologique. La RC devient la Deuxieme Voie, la seule Voie Alternative. Donc c’est le temps de decouvrir toutes les branches de la RC, les etudier, les repenser, les reactualiser et les revivre. Dans ce contexte on a besoin de tourner nos regards vers le Continent-Russie, vers cette terre enigmatique qui occupe la place centrale de cet ile gigantesque que est l’Eurasie, notre Patrie universelle, notre terre benie, notre heritage imperial plus precieux. Cette fois nous devons tous ensemble -- en y incluant les russes memes -- decouvrir non pas le continent lointain, la colonie maritime, le desert spirituel que est l’Amerique, mais le berceau des peuples indo-eropeens, nos ancetres, les grands createurs des valeurs heroiques et surhumains -- le Continent-Russie. Cette decouverte devrait etre avant tout la decouverte spirituelle, intellectuelle, ideologique -- celle des valeurs russes, celles de la Voie Russe, celle de l’Ideologie Russe qui ne peuvent etre rien d’autre que l’Ideologie de la Revolution Conservative Absolue.


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